Maeva Giraud : « Quand je suis sur le ring, il n’y a plus rien »

Jeune prodige de la boxe anglaise, Maeva Giraud a connu un véritable parcours du combattant. Malgré son jeune âge, elle possède déjà un CV impressionnant !

Bonjour Maëva, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Maeva, j’ai 18 ans je suis étudiante en droit et depuis plus de 10 ans je pratique la boxe anglaise.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer ? Pourquoi la boxe ?

L’idée m’est venue de mon père, puisque c’était un boxeur. Déjà toute petite, il m’apprenait les bases, histoire que je sache un peu me défendre, je suis allée voir un entrainement dans le club où mon père faisait de la boxe, l’ambiance m’a beaucoup plu, j’ai bien accroché et j’ai voulu essayer.

Pourquoi la Boxe Anglaise ?

Parce que mon père en faisait, c’est la plus répandue et c’est celle que je préfère. J’aime bien la boxe Thaï aussi mais la boxe anglaise reste la base pour moi.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ? 

J’ai commencé au Boxing Club la Gauthière. Mon père était boxeur là-bas. J’ai fait deux ans en loisir, je ne faisais pas de combat, je m’entraînais juste. J’ai été entraînée par le même entraîneur que mon père, maintenant je le considère comme de ma famille.

Au bout de deux ans, mon entraîneur m’a dit que j’étais prête pour les combats, je me suis donc licenciée à l’ASM pour commencer, toujours en m’entraînant à la Gauthière en parallèle. Ils ne font pas de combats.

Je suis restée deux ans à l’ASM, mon coach de l’époque était Laurent Garnier (décédé en octobre dernier). Je suis ensuite partie à Volvic et c’est Alix Nunez qui s’est occupé de moi, avec lui j’ai beaucoup progressé. J’ai beaucoup combattu et nous travaillions énormément la technique, les détails. On a participé aux Championnats de France trois années d’affilées, en 2013, 2014 et 2015, et j’ai fini première les trois années consécutives.

Suite à des douleurs régulières à chaque entrainement, j’ai passé des examens, on m’a trouvé une hernie discale au niveau des lombaires. J’ai dû consulter une rhumatologue qui a dit que la boxe était terminée pour moi. Finalement tout va bien. J’ai quelques épisodes douloureux, je fais de la kiné régulièrement. Il faut juste savoir vivre avec !

Par la suite, je suis passée amateur. Aller à Volvic me faisait faire beaucoup de trajets, ce n’était pas pratique. Je suis donc retournée à l’ASM pour commencer ma carrière amateur.

J’ai malheureusement perdu mon premier combat amateur contre Rim BENNAMA qui est en équipe de France, j’ai ensuite enchaîné sur une victoire, ce qui m’a reboosté.

L’année dernière, mon coach a réussi à m’inscrire dans un stage en équipe de France féminine pendant une semaine, au Temple-sur-Lot.

Pendant une semaine, les journées étaient rythmées, on s’entraînait deux fois par jour, ce qui a été une bonne préparation pour mes Championnats de France.

Quelques semaines après, il y a eu le Championnat de France à Bourgoin-Jallieu. Je n’ai fait qu’un seul combat contre Wonyou Johanna une boxeuse de l’équipe de France qui a été vice championne du monde. J’ai perdu, c’était le plus gros combat que j’ai eu, le plus dur.

Au deuxième round, ma blessure au dos a refait surface, ça a été très dur. Mon coach a carrément dû me porter jusqu’au vestiaire !

J’ai quand même été contente de moi, j’ai fait un beau combat, mon coach aussi était fier de ma prestation.  Je savais contre qui je tombais, je savais que ça aller être un combat difficile. J’avais mis toutes les chances de mon côté, je m’étais préparée psychologiquement et physiquement.

Je ne suis pas retournée aux entraînements directement après les championnats. J’ai pris une bonne période de repos pour me remettre de ma blessure, en plus de ça une défaite, c’est toujours dur à encaisser.

Quelques semaines après, je suis retournée à la salle. J’avais un combat de prévu et comme pour chaque combat, on travaillait durement avec mon coach, toujours sur des points précis, des détails, c’est ce qui fait la différence. Je suis donc quand même remontée sur le ring et c’est là que j’ai gagné par abandon, par « jet de l’éponge » ce qui m’a redonné confiance pour la suite.

Mon dernier combat était contre une adversaire ayant fait les championnats dans la même catégorie que moi, mais on ne s’était pas rencontrées. La 3e place aux championnats ne se disputait pas cette année-là.

J’allais beaucoup courir, je voulais vraiment être au top physiquement pour ce combat, c’était le dernier de la saison, il fallait à tout prix que je le gagne et que je fasse quelque chose de bien. J’ai gagné, ce qui m’a donc fait remonter dans le classement.

Comment se passaient les entraînements en général ?

Ça dépend. Il va y avoir des jours qui seront plus physiques, d’autres plus techniques, on va travailler des points précis, les conditions de combats etc…

Avec mon coach, on est parti s’entraîner à Paris sur un week-end. Ça permet de travailler avec des personnes différentes et d’apprendre de nouvelles choses, ça peut être que bénéfique. En général il y a toujours une bonne ambiance, c’est très familial. Dans tous les cas, même si la boxe est un sport individuel, c’est aussi un sport d’équipe, pendant l’entrainement comme lors du combat on s’encourage tous, on est très solidaires, on se soutient, on forme une équipe malgré tout, mais une fois sur le ring, on est tout seul.

Combien d’heures par jour, par semaine ?

Deux heures par jour plus le week-end où je faisais mon travail personnel. J’allais courir, je travaillais avec mon père. Mon père m’a beaucoup aidé. Il m’a toujours soutenu, motivé, il a toujours été derrière moi. Il m’a toujours suivi, avec ma mère aussi quand même, la pauvre, ce n’est pas facile pour elle de me voir sur le ring. Mes parents, c’est ma première source de motivation, ils m’ont toujours suivi lors des déplacements et c’était souvent les seuls.

Pas trop difficile de lier études et sport à la fois ?

Non, c’est mon train de vie je suis habituée, c’est devenu ma routine. Il m’est même arrivée de manquer des cours avec les déplacements, mes professeurs savaient que je pratiquais la boxe au niveau national.

Comment sont les relations avec votre coach ?  

Je me suis toujours bien entendue avec mes coachs, ça m’est déjà arrivée de me disputer avec eux, ce qui est normal mais c’est toujours dans le respect. Quand je vais au Boxing Club La Gauthière je suis comme chez moi, je connais tout le monde j’y vais quand je veux, c’est ma deuxième maison.

Quel sentiment avez-vous une fois sur le ring ? 

Il n’y a plus rien qui compte, que le combat, que mon adversaire et la victoire. Quand je suis sur le ring, je suis une autre personne, le regard n’est plus le même, je fais le vide dans ma tête. Une fois sur le ring, je n’entends même pas les gens qui m’encouragent, je les entends que sur les vidéos, c’est comme si on était dans un état second, je suis dans ma bulle, il n’y a plus rien, je n’entends que les conseils de mon coach dans le coin lors de la minute de repos entre les rounds.

Comment gérez-vous la pression avant chaque compétition ? 

C’est sûr que la pression est au max avant les combats. Il faut savoir la transformer en positif, en une force, et ça aide. Justement des fois, il y avait des combats où je ne stressais pas et je ne trouvais pas ça normal, j’ai besoin de stresser, c’est important. Il faut quand même que ce soit dosé et pas excessif. Mon coach me donne les dernières recommandations dès le dernier entrainement.

La nuit avant le combat est hyper importante, c’est là où je vais essayer de me projeter dans le match. J’ai aussi mes rituels avant le combat, de me retrouver vraiment toute seule dans le vestiaire, de prier, j’ai besoin aussi qu’il y ait mon père un peu avant, et après quand je sais qu’il part et qu’il me laisse, la pression est au max et je sais que le combat approche. Une fois sur le ring et que le combat a démarré il n’y pas plus de pression, plus de stress, plus rien.

Est-ce qu’il y a de grands boxeurs qui vous inspirent ? 

Un boxeur que j’admire c’est Mike Tyson, c’est une légende, il me fascine aussi bien dans sa boxe que dans sa vie. Je le trouve vraiment fascinant, c’est un symbole du noble art, sans oublier Ali.

Il n’y a pas que la manière de boxer mais le personnage. Il y en a qui dégagent des trucs. Un boxeur qui m’inspire ce serait Elie Konki. J’ai assisté à un de ses combats, c’était à Clermont, à Saint-Jacques pour les Championnats de France. Il dégageait un truc sur le ring, c’était un truc de fou, j’ai halluciné. Sa boxe était fluide, souple, le travail sur ses jambes était incroyable. Il faisait ça avec une telle facilité, ça m’a donné envie de faire pareil. Si je devais m’inspirer d’un boxeur, ce serait lui.

En fille, il y a Estelle Yoka Mossely, c’est une boxeuse que j’admire beaucoup et Sarah Ourahmoune j’aime beaucoup cette boxeuse aussi.

Vous avez pris une année de césure pour vous concentrer sur vos études, est-ce que vous comptez reprendre les compétions par la suite ?

Oui parce que ça me manque. Je continue de m’entrainer dès que je le peux, en fonction de mes horaires. Je prends du plaisir mais ce n’est pas pareil, quand j’ai des combats au moins j’ai un but. Je continue parce que j’adore ça et qu’arrêter complètement est impossible pour moi, mais j’espère quand même bien reprendre les combats dès que je pourrais.

Comment vivez-vous les victoires ? Et les défaites ? 

Ça dépend, parce qu’une victoire, on peut l’apprécier comme pas du tout. Ce qui est déterminant c’est la prestation que l’on fait, on peut gagner en ayant fait un mauvais combat et perdre en ayant fait un bon combat. Le but reste la victoire, il y a des défaites qui sont plus ou moins dures à encaisser. Les victoires, ça reste une consécration, c’est du travail qui paie et c’est la plus belle des récompenses.    

Quel est votre meilleur souvenir ?

Je dirais que mon meilleur souvenir, c’est quand j’ai gagné mes Championnats de France. Direct après la finale, je suis sortie du ring, j’ai couru dans les bras de mon père. C’était notre victoire à tous les deux. On était trop contents, mon père c’est son rêve que je réussisse, c’est notre truc à tous les deux la boxe, on partage. On va aux entraînements ensemble, ça nous rapproche beaucoup. Il y a aussi la semaine d’entraînement que j’ai eu la chance de pouvoir faire avec l’équipe de France féminine qui a été très instructive pour moi, ça reste ma plus belle expérience

Quels sont vos objectifs à court et long termes ?

Si je reprends les combats, mes objectifs seraient de gagner les Championnats de France dans un premier temps, faire les JO aussi ça serait quand même un truc de fou.

Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour la suite ? 

D’aller le plus loin possible, d’atteindre mes objectifs et de réussir, de gagner les Championnats de France.

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